Élue atypique habitant dans un village ariègeois de 300 habitants, arrivée à l’assemblée en 2023 grâce au soutien de l’électorat centriste, après le désistement de la candidate Renaissance en sa faveur au second tour, la députée apparentée socialiste de l’Ariège, Martine Froger, a été mise en examen le 23 mars 2026 dans le cadre d’une enquête sur la gestion de deux associations d’insertion.
Il s’agit de CASTA et BATI+, des associations qu’elle dirigeait avant son élection en 2023.
Deux associations opaques au cœur de l’enquête
CASTA est le Centre d’Accompagnement Social aux Techniques Agropastorales, une association d’insertion par l’activité agricole qui ne publie pas de comptes annuels accessibles publiquement. Elle travaille beaucoup avec les collectivités locales, par exemple avec ce marché public de 1,5 millions d’euros portant sur l’élagage d’arbres et du débroussaillage (2023/2026) pour permettre le passage de câbles fibre sur des poteaux ; ou encore 150 000 euros pour l’entretien d’espaces verts dans la ville de Foix (2023/2025).
BATI+ est une association d’insertion dans le bâtiment créée en 2009. Elle ne publie aucun compte annuel. Elle est financée par l’État, des partenaires publics locaux et même l’Union européenne.
À ce jour, il n’existe pas de preuve publique documentée de flux financiers directs identifiés entre CASTA et BATI+ (type virements, conventions publiées, comptes détaillés croisés), mais l’enquête ne fait que débuter.
Sept autres personnes sont également mises en examen et placées sous contrôle judiciaire : à savoir les directrices des associations CASTA et BATI+, la responsable administrative et financière de CASTA, le président de BATI+, l’expert-comptable des deux associations, la comptable du même cabinet, ainsi que le fils de Martine Froger, paysagiste et gérant de la société « Les jardins d’Ocxtanie ».
Abus de confiance, faux et travail dissimulé : un lourd tableau de charges
Selon le parquet de Toulouse, l’élue apparentée socialiste est visée pour des faits d’abus de confiance, y compris en bande organisée, d’abus de biens sociaux, de faux et usage de faux, de travail dissimulé, de non-désignation de commissaire aux comptes, ainsi que pour une déclaration incomplète ou mensongère à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
Les faits reprochés s’étendent de 2019 à 2025.
L’enquête a été ouverte en octobre 2025 après une note de TRACFIN, datée de janvier 2025, évoquant l’omission d’une part substantielle de ses revenus dans ses déclarations.
Des flux financiers issus des associations pourraient être en cause. À ce stade, il n’est pas établi judiciairement de détournement d’argent public, mais les qualifications retenues, notamment abus de confiance et abus de biens sociaux, portent sur de possibles usages irréguliers de fonds.
Placée sous contrôle judiciaire, la députée a interdiction d’exercer toute responsabilité associative et de se rendre dans les locaux concernés. Elle a également l’obligation d’informer le juge de tout déplacement hors du territoire métropolitain et de répondre aux convocations. Elle devra verser une caution de 30 001 euros : 1 euro pour garantir sa représentation en justice, et 30 000 euros au paiement des dommages et amendes, par mensualités de 800 euros à partir du 1er avril 2026.
Martine Froger affirme coopérer avec la justice, reconnaissant notamment avoir embauché son fils. « J’assume mes erreurs, j’en ai fait, et j’en répondrai devant la justice. Pour les faits d’abus de confiance et d’abus de biens sociaux qui me sont reprochés et non-déclaration à la HTVP, tout ça va se dégonfler au fur et à mesure. Maintenant, j’ai tout le dossier, je vais pouvoir commencer à préparer ma défense avec mon avocat et avancer dans la procédure », assure la députée.
La procédure est en cours et la présomption d’innocence s’applique.