Toits qui fuient, caisses vides, fréquentation en chute libre : la Cité des sciences et de l’industrie, fleuron de la culture scientifique française, traverse une crise financière et managériale que deux rapports (l’un provisoire de la Cour des comptes, l’autre confidentiel des inspections de la Culture, des Finances et de l’Éducation) décrivent sans fard.
C’est Le Canard enchaîné qui, dans son édition du 1er avril 2026, a révélé l’existence et le contenu de ces documents.
Cité des sciences : absentéisme record, masse salariale hors de contrôle
Le bilan est accablant. Universcience, l’établissement public qui chapeaute la Cité des sciences et le Palais de la découverte, a accumulé 48 millions d’euros de déficit depuis 2020.
En cause : une masse salariale incontrôlée, en hausse de 13 % entre 2018 et 2024, portée par des indemnités de retraite jugées trop avantageuses et un taux d’absentéisme de 9,9 % — soit le double de la moyenne nationale.
Le tout dans un climat de dialogue social qualifié de « chronophage et conflictuel » par les rapporteurs eux-mêmes.
Cité des sciences : 50 euros par visiteur, la facture que l’État préfère ignorer
Pendant ce temps, les contribuables continuent d’arroser généreusement l’établissement. Avec 110 millions d’euros de subventions publiques pour un budget total de 136 millions, la Cité des Sciences est la troisième bénéficiaire du ministère de la Culture, derrière la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra de Paris.
Résultat : chaque visiteur coûte 50 euros à la collectivité. À titre de comparaison, ce ratio tombe à 8 euros au musée d’Orsay. Pire, avec seulement 2 277 visiteurs par équivalent temps plein, l’établissement est très loin derrière Versailles (8 700) et n’atteint même pas la moyenne des musées publics (5 195).
Et la fréquentation ne redresse pas la barre : elle a chuté de 37 % depuis 2019. Une désaffection massive qui n’a pourtant pas freiné la progression de la masse salariale ni conduit à remettre en question le modèle.
Face à ce constat, les rapporteurs préconisent des mesures radicales : fermeture de plusieurs activités – l’aquarium, la bibliothèque des sciences, la Cité de la Santé – et non-remplacement des départs.
Des choix douloureux qui auraient pu être évités si l’établissement avait été géré avec la rigueur qu’on attend de tout organisme financé par l’impôt.
La nouvelle présidente, Sylvie Retailleau, nommée en décembre 2025, préfère, elle, se projeter « au-delà de 2060, 2080 ». Une ambition légitime.
À condition, d’abord, de remettre de l’ordre dans les comptes, et de se souvenir que ce sont les contribuables qui paient la note.
*****

